En 2023, le seuil de pauvreté monétaire est fixé à environ 1 288 euros mensuels pour une personne seule. Près de 9,8 millions de personnes vivent sous ce seuil, soit 15,4 % de la population française.
La précarité n’est plus seulement un accident de parcours
L’étude publiée en mai 2026 montre qu’entre 2022 et 2025, plus d’une personne sur cinq a connu au moins une période de privation matérielle et sociale. Parmi elles, près de 5 % ont vécu une situation de privation continue durant toute la période observée.
Cette distinction est essentielle. La pauvreté monétaire mesure un revenu insuffisant. La privation matérielle et sociale mesure l’incapacité à satisfaire des besoins considérés comme normaux dans la société : chauffer correctement son logement, remplacer un meuble usé, partir quelques jours en vacances, faire face à une dépense imprévue ou participer à certaines activités sociales.
Les classes populaires demeurent les plus exposées
Les écarts entre catégories socioprofessionnelles restent considérables. En matière de pauvreté monétaire, le taux atteint près de 15 % chez les ouvriers contre seulement 3 % chez les cadres supérieurs.
L’indicateur de privation matérielle et sociale confirme cette fracture : environ 15 % des ouvriers déclarent des privations contre moins de 2 % des cadres.
Le chômage demeure le principal facteur de vulnérabilité
Les personnes sans emploi apparaissent comme les plus fragilisées. Plus d’un tiers des chômeurs sont confrontés à des privations matérielles et sociales. Les familles monoparentales constituent également l’une des catégories les plus exposées, avec des taux particulièrement élevés.
Le diplôme reste un rempart puissant
L’Insee souligne que les situations de privation continue touchent davantage les personnes peu diplômées ou occupant des emplois instables. Dans sept cas sur dix, ces privations prolongées se cumulent avec au moins un épisode de pauvreté monétaire.
Ce que disent réellement ces chiffres
Le phénomène le plus préoccupant n’est peut-être pas le niveau de pauvreté lui-même, mais sa persistance. La société française semble voir émerger un noyau dur de précarité qui résiste à la reprise économique, aux politiques sociales et aux fluctuations conjoncturelles.
Autrement dit, la question n’est plus seulement : combien de Français sont pauvres ? La question devient : combien de Français risquent de le rester durablement ?
C’est ce déplacement du regard — de la pauvreté ponctuelle vers la vulnérabilité chronique — qui constitue sans doute la principale leçon des travaux récents de l’Insee.
Partagez ce contenu / Condividi questo contenuto:













