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La chienlit, de Mai 68 à octobre 2026 : la France a-t-elle connu une journée d’insurrection ?

« La réforme, oui ; la chienlit, non. » En mai 1968, la formule prêtée au général de Gaulle avait claqué comme un avertissement. Près de six décennies plus tard, le vieux mot revient dans l’actualité, chargé d’images nouvelles : barricades, commerces pillés, bâtiments publics saccagés, forces de l’ordre prises à partie. Le 17 octobre 2026, une journée de mobilisation contre la vie chère et la dégradation des services publics a basculé, dans plusieurs villes, dans une violence d’une rare intensité.

Les chiffres donnent la mesure de la foule, sans dissiper les divergences : le ministère de l’Intérieur a compté 550 000 manifestants ; les organisateurs en ont annoncé 800 000. Mais ces centaines de milliers de personnes ne se confondent pas avec les groupes qui ont affronté la police, incendié des bâtiments ou pillé des commerces. À Limoges, l’hôtel de ville a été la proie des flammes ; à Paris et dans d’autres grandes villes, barricades et affrontements ont marqué la fin des cortèges.

Le mot insurrection s’impose alors par la force des images, mais il demande à être manié avec discernement. Une journée de violences, si grave soit-elle, ne suffit pas à faire une insurrection au sens politique du terme : il faut encore qu’apparaisse une volonté organisée de renverser l’ordre établi ou de s’emparer du pouvoir. Ce que la France a connu, le 17 octobre, ressemble plutôt à une mobilisation massive dont les violences ont débordé les cortèges et obscurci les revendications.

La comparaison avec Mai 68 éclaire autant qu’elle égare. Alors, la contestation s’était prolongée durant plusieurs semaines, avait gagné les usines et paralysé le pays. En octobre 2026, la colère a traversé la rue en une journée, avec une ampleur considérable et des épisodes de désordre dont la gravité ne saurait être minimisée. Même mot, donc, mais deux crises distinctes : l’une, longue secousse sociale et politique ; l’autre, une flambée où la protestation a côtoyé l’émeute jusqu’à parfois lui céder la scène.

La chienlit n’est peut-être pas le nom d’une insurrection. Elle désigne, plus sûrement, le moment où la colère cesse d’être entendue comme une parole et revient sous la forme du désordre. Et lorsque les vitrines brisées couvrent les revendications, la République doit répondre à deux urgences : protéger les citoyens et rétablir les conditions d’un débat que la violence menace d’étouffer.

Les responsables politiques devraient s’interroger sur l’état de la justice : trop souvent, elle paraît faible face aux puissants et sévère envers les plus vulnérables. Nous avons déjà alerté sur cette justice à deux vitesses. Pourquoi les faits signalés restent-ils sans réponse ? Si l’institution ne se saisit pas des éléments portés à sa connaissance, que vaut alors l’égalité républicaine ? Tôt ou tard, ces faits seront portés sur la place publique, et chacun devra prendre ses responsabilités.

GIGI

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