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Mélenchon est-il sous-estimé dans les sondages ?

Un message publié sur X, évoquant une possible sous-estimation du score de Jean-Luc Mélenchon et l’existence d’enquêtes demeurées confidentielles, a retenu notre attention. Son auteur invoque une confidence, sans fournir de document permettant de la vérifier. Cette affirmation demeure donc à établir. Elle soulève cependant une question que l’expérience électorale autorise à examiner : les sondages saisissent-ils toute la capacité de mobilisation du candidat insoumis ?

Pour Mondagora, cette interrogation mérite davantage qu’une réponse de circonstance. Entre l’intention déclarée et le bulletin déposé, une campagne peut déplacer les lignes, réveiller des fidélités assoupies et transformer une préférence hésitante en décision. Encore faut-il distinguer ce que les enquêtes mesurent, ce que la mobilisation peut modifier et ce que notre propre analyse nous conduit à envisager.

Le précédent de 2022

Le souvenir du premier tour de 2022 invite à la vigilance. Dans leurs dernières enquêtes publiées avant le scrutin, Ipsos et BVA créditaient Jean-Luc Mélenchon de 17,5 % des intentions de vote. Il a finalement recueilli 21,95 % des suffrages exprimés à l’échelle nationale, soit un écart de 4,45 points avec ces deux mesures. Ce chiffre de 17,5 % correspond à des enquêtes identifiées ; il ne saurait être présenté, sans calcul supplémentaire, comme la moyenne de tous les derniers sondages.

L’écart est substantiel. Il rappelle que plusieurs points peuvent encore se déplacer dans les derniers jours. Il demande aussi à être interprété avec précision : l’Ifop souligne que son enquête portait sur la France métropolitaine, où Mélenchon avait obtenu environ 21,5 %, et affirme avoir identifié sa progression finale sans en mesurer toute l’ampleur.

Deux phénomènes peuvent ainsi se conjuguer : une difficulté à apprécier certains électorats et une évolution effective des choix après les entretiens. Les confondre conduirait à attribuer aux instituts une erreur entièrement constituée au moment de l’enquête, alors qu’une partie du mouvement peut appartenir à la campagne elle-même.

La jeunesse, une force à convertir en participation

L’ancrage de Mélenchon auprès d’une partie de la jeunesse constitue un élément sérieux de cette réflexion. Selon l’enquête électorale de BVA en 2022, il avait recueilli 31 % des suffrages des votants âgés de 18 à 24 ans. La même étude relevait que 20 % de ses électeurs déclaraient l’avoir choisi pour sa capacité à qualifier leur camp au second tour : la conviction politique et le vote utile avaient pu se renforcer mutuellement.

Reste à transformer cette affinité en participation. Une génération peut applaudir, partager, manifester, puis se rendre inégalement aux urnes. Toute la difficulté consiste à apprécier le moment où l’adhésion devient un engagement électoral.

Sa proposition d’instaurer le droit de vote à 16 ans, réaffirmée pendant cette campagne, peut renforcer son image auprès des jeunes qui souhaitent peser sur les décisions publiques. Son effet électoral reste néanmoins à mesurer. Surtout, une promesse de réforme ne modifie pas les règles du scrutin : dans le droit actuellement applicable, le vote demeure ouvert à partir de 18 ans. Sans changement préalable, les mineurs concernés ne formeraient donc pas un nouveau contingent d’électeurs en 2027.

L’hypothèse des 26 %

Le précédent de 2022 nous conduit à considérer qu’une progression importante demeure envisageable. Il serait toutefois hasardeux d’ajouter systématiquement quatre ou cinq points à chaque sondage : un écart passé ne constitue pas une réserve permanente de suffrages.

Nous proposons donc d’examiner un scénario : Jean-Luc Mélenchon pourrait-il atteindre environ 26 %, tandis que Marine Le Pen se situerait autour de 33 % ? Ces chiffres constituent une hypothèse éditoriale de Mondagora, sans enquête propre permettant de leur attribuer une probabilité. Les 26 % représenteraient une progression d’environ quatre points par rapport au résultat de Mélenchon en 2022, et une hausse plus forte par rapport à plusieurs mesures actuelles.

Un tel mouvement supposerait une mobilisation accrue, des arbitrages favorables parmi les électeurs de gauche et un élargissement au-delà du noyau insoumis. Chacune de ces conditions mérite d’être observée.

Une qualification ne fait pas une majorité

Dans ce scénario, sept points sépareraient les deux candidats au premier tour. Cet écart ne préjugerait pourtant pas du résultat de leur éventuel duel. Le second tour dépendrait des reports de voix, de l’abstention et de la capacité de chacun à convaincre des électeurs ayant d’abord choisi un autre projet.

Les enquêtes récemment consultées donnent actuellement Marine Le Pen nettement gagnante face à Mélenchon : 68 % contre 32 % chez l’Ifop, 69 % contre 31 % chez Elabe. Affirmer que la compétition pourrait évoluer exige de prendre au sérieux ce rapport de force et les obstacles qu’il révèle.

Notre conviction est que la progression possible de Mélenchon mérite d’être étudiée sans fatalisme. Son éventuelle qualification ouvrirait une nouvelle bataille ; elle ne suffirait pas à démontrer sa capacité à la remporter. Entre ces deux étapes se trouve l’épreuve décisive : faire d’une force de mobilisation une majorité de rassemblement.

Adriano B.

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